Tuesday, April 20, 2010

Mon dernier texte.

My last text... Maybe...




Marcus J. Ranum -
"Death Poem - II"




Je me meurs.

Est-ce un cauchemar auquel participe avec acharnement l'obsession compulsive du suicide issue de mes neurones déréglées ou bien la certitude que le temps m'est bien compté ?

Est-ce le dernier acte que je prépare avant la reddition ou une belle et vraie intuition que je dois accepter et partir le coeur léger, les regrets oubliés, les pardons distribués à la pelle ? A commencer pour moi ? Qui le sait ? A part moi ?





Richard Rasner -
"Dreams of death"
Art Model Krissy Lin





La Mort est là, avec ses bleus à l'âme et ses escarres au corps. si proche que j'en suis glacé jusqu'au fond des os, chauffage sur 6 et porte fermée. Mais volets ouverts et musique à fond ! Ça ne la dérange pas.

Arrêt sur écran, la maladie me ronge. Car incurable elle est aussi mortelle, on nous cache tout, on nous dit rien... Quoique qu'elle soit patiente puisqu’elle me laisse le temps dans son infinie bonté d’accepter ce que fut ma vie et ses nomreuses erreurs que je ne dois surtout pas emporter sans les avoir digérés et qui sait sublimée, on peut toujours rêver. Elles m'ont toutes servies, j'en ai la foi. Pas une qui ne m'ait ouvert des yeux que je fermais très fort pour ne pas comprendre et ne pas vouloir renaître, l'amour est si absurde.





Mick Waghorne -
"Death in Action"
Art Model Madame Bink -





Je me meurs. Il est donc temps de poser mon fardeau. Pas question de partir le coeur farci de ces foutaises que l'on m'a appris ! Ni du poids de la colère des autres que j'imagine et qui me mine. Ni de la mienne ! Je me suis assez puni tout seul. Victime et bourreau, je ne veux pas m'éteindre ainsi. Je veux mourir libre de savoir que tout avait un sens pour mon plus grand bien. Et que la leçon n'est pas finie.

Je me meurs presque sans peurs, plus libre qu'avant. C'est pour bientôt, rien à faire, c'est comme ça. Et presque je m'en fous ! Et j’y trouve même du plaisir car il est bon de savoir ce que l'on ne peut pas changer. Et puis je m'ennuie. Finies les colères, mes demi-mots, les impasses. Je pars vers la Lumière, trop loin pour vous raconter. Je pars pour le voyage dont nul n'est jamais revenu, avec la seule idée idiote forcément : "profite de tes derniers instants ! Tente tout au moins et tant pis pour la souffrance ! Bats-toi !!! " Mais impossible. Et rien ne me retient plus, surtout pas la couleur de mon avenir.





David Winge -
"Hope Lost"
Art Model Jade





Chaque jour un nouveau symptôme, comme un broc pour pisser, les toilettes sont devenues si loin. La maladie est ma compagne et pas un instant de répit ! Il me faut désormais des heures pour trouver le courage de me lever, ramper pour aller pisser, bouffer, oublie baiser, c'est fini depuis longtemps déjà.

Je vis dans le noir, le téléphone sur répondeur, déjà entre parenthèses. Mes sites sont fermés pour cause de décès imminent. Mon corps fourmille, ma barbe s’allonge, mes jambes plus que de bois mort. L'alcool, le sheet, le sexe, pour que ça marche nom de dieu !, les calmants, j'sais même plus où j'en suis, rien ne tait mes douleurs. Et tout au bout de l’horreur de ce calvaire m'attend la décrépitude, inéluctablement, et si lentement. Avec toutes ses chutes. Déjà la chaise roulante, bientôt la sonde, puis les aides-soignantes qui viendront chaque jour dans une maison on l'on ne vit déjà plus. Un jour proche seule ma tête bougera. Et le respirateur fera le travail de poumons qui le refuseront ardemment. Et je passerai la fin de ma vie devant mon poste de télévision à survivre dieu sait pourquoi... comme aujourd’hui. Sans autre idée que d'en finir.

Oui, bien sûr que j’adorerais profiter de mes derniers instants ! Mais de rêves je n'ai plus que celui de l‘oubli. Ma vie fut riche et surprenante mais homme je ne suis plus et ainsi s‘achève mon destin. A l’étouffé. Pourvu que je ne parte qu'avec le bien, sans haines. Je veux quitter ce monde heureux ! Foutue trouille.





Gerhardt Thompson -
"Perchance to Sleep"






Je me meurs et mes mots vont se perdre. Ou peut-être afin qu'ils vivent ? Je me meurs parce que je les perds mes petites traces chéries qui ont tout pour se cacher. Je ne n’ai plus l’énergie de les chercher, je ne suis plus capable de me corriger et je sais avec douleur que mon oeuvre restera inachevée. Non, je n'ai plus la force de mes maîtres, Antoine, Carl et Frederik que j’ai tant voulu bêtement égaler avec tous ces orfèvres du mot qu'il me tarde de tutoyer ! On est du même sang, même si pas du même rang. Je les aime comme ils aiment certainement quand je les appelle afin d'implorer leur aide, pour qu'ils me permettent d'approcher leur infini génie. Mais y en a-t-il eu un qui soit mort son oeuvre achevée ? Non. Ça me rassure un peu. On se ressemble. On avait tous le coeur en fièvre et le corps démoli. Maman, j’ai si mal.

Je me meurs. C'est désormais ailleurs qu'ira mieux battre mon petit cœur tout mou, loin des grands discours et des théories. Délivré.

Je meurs d'amour. Aussi. Ce monde et ses habitants m'ont tant déçu. Ils sont fous à lier. Pourquoi s’infliger tant de souffrances ? Pourquoi se détester autant ? Préférer le malheur de l’avidité au bonheur d’une vie simple. L'humain me dégoûte à gerber, et m'émerveille infiniment, malheureusement. La douleur est un si bon aiguillon ! Fou ce qu’ils peuvent créer de beautés ! Mais à quoi bon se battre quand leur terre s'embrase au bûcher de leur cupidité ? Enfants de la bombe armés jusqu’aux dents, trimballant tous le poids de la culpabilité de l’Humanité depuis sa naissance. Dire que tout n'est que manque d'amour et tout changer si facile. Sans un éclat de voix et sans un bruit. Mais règnent nos enfers. Et quelques paradis, mais va savoir où ? Une île probablement, bien à l’abri de leurs démences, comme une Atlantide qui ne le saurait encore, le berceau d'une nouvelle civilisation d'où jaillirait l’age d’or tant promis où l'autre sera message et tout miroir. Quand dans les yeux de tous, c'est l'amour qui se reflètera.





Anna Piovani -
"Dead spider"






La Mort m'appelle. J‘entends sa voix. Elle me parle d'oubli, d'évidences, de retour à l‘innocence et de repos complet jusqu‘à ce que je retrouve l'envie d‘aimer, le courage d'apprendre mes leçons.

Elle n'est pas vraiment méchante la Mort ! Depuis le temps que je la fréquente, malgré la froideur de son couperet, je sais toute l'aide qu'elle m'apporte. ... Mais elle est si difficile à apprivoiser, on meurt rarement dans la joie et la sérénité. C'est la grande Trouille ! Lumière, mains qui se tendent, bain d'amour, youpi la vie est belle ?!... La peine d'un papa qui n'a pas su l'être ? Le trou noir d'un nouvel enfer, et c'est du pareil au même, revoir et revoir mes fautes le temps de digérer la lourdeur de l'expérience que fut mon incarnation ? Paroles d’Ange fut-il prémonitoire ?

Purgatoire ou cadeau, personne n'est revenu pour le dire. J'ai essayé. Rien pour moi qui m'attendait à tellement mieux. Et pas à ce pompier qui m'engueulait pour que je ne sombre pas ! A chacun ses méthodes mais faut avouer que ça m'a donné envie de me réveiller pour lui en coller une. J'sais toujours pas si je dois le remercier. C'était pas l'heure. Mais je m'en approche à grand pas. Tout le temps je l'écoute. La Mort est mon dernier refuge, mes plus beaux silences, le chant des oiseaux, le miel des abeilles, l‘oubli de mes fautes, la paix de l’esprit,etc. Plus d'ego. A cent mille lieux de moi. Elle m’aime bien la Mort, autant que je la désire.





Corwin Prescott -
"Death Lies in Your Dreams"





Et dire que je meurs de n’avoir pas su aimer ! C’est de famille d’ailleurs. J’ai pu constater à quel point l’amour y manque. Y manquait. Je ne sais déjà plus quel temps utiliser, en tout cas pas au futur. Ai-je vraiment aimé comme il le fallait ? Non, zéro pointé. Aurais-je pu mieux faire ? Je ne crois pas, toujours cette immense détresse émotionnelle en héritage, un mal donner-recevoir si ordinaire. Ai-je dit « je t’aime » ?! Souvent. Bien ? Trop pudiquement. Et su ? Absolument. Est-ce que j’aime alors ? Ai-je aimé ?... Oui. Il me fallait l’écrire pour m’en apercevoir. Alors j'en ai été capable ?! Jusqu'à me pardonner tout le mal que je leur ai fait ? De combien de mots absurdes ai-je été coupable ? Combien de fois ai-je retourné ma veste ? Oublié ce petit geste qui aurait tout changé ?...

Je me meurs, seul. Mon destin ressemble à celui de tant d’écrivains, pauvres, meurtris, tous feux éteints, tout est écrit ici bas et s’ouvre l'éternité pour apprendre le Verbe.

En toute logique, je vais passer ma route. Même pas peur ! C’était bien, c’était chouette, même les gouttes.

On va me pleurer, s’indigner, saloperie de Dieu !, regretter mon absence, sourire je l’espère. Et passera le temps jusqu’à ce que je ne sois plus qu’une dernière pensée. Peut-être laisserai-je quelques anecdotes sur un type pas banal qui décida que 50 ans lui suffisait et mit fin à son agonie en laissant des millions de mots en friche dans une infinité de non-dits bien timides. Tous perdus. L’oeuvre inachevée est décidément un terrible destin, mourir le corps et l'âme dévorés par l'impossibilité de finir. Quoique. C'est long l'éternité. Et je fais court.






Scott Brown -
"Hide n Seek"
Art Model Nutta





Je me meurs, jamais je ne serai un légume ! Défoncé ou pas, la dernière fois c'était sur du Bourgogne 1994, j'vais partir à ma façon. Le temps des cerises est mort.

Mais combien de temps me reste-t-il au juste, c’est à dire mes mains, et qu'en faire ? Je me meurs mais ne le suis pas. Je la veux, elle m’inspire ! Alors que n'ai-je pas fini qui me retienne encore ici ? Une autre expérience, encore, d’autres souffrances pour retenir la leçon ? Non, je me meurs et qu‘on me foute la paix ! De regrets je n’ai que faire et d’envies je n’ai plus.

Oui, j‘y vais, c‘est pour bientôt. J'ai capitulé et tant pleuré. Je ne sais ni quand ni comment, mais il est temps que je m'envole, confiant que le plus beau est toujours à venir, léger comme la plume de Forrest. Avec un coeur plus grand qu'avant ! Oui, j'ai toujours cru en l’Amour, comme à la nécessité de respirer pour vivre. A l’avoir tant cherché, je sais sa légèreté et sa profondeur, sa dichotomie qui n'a cessé de me surprendre, ses clins d'oeil et sa lumière. De là-haut tout sera si facile à comprendre. Et si doux.

Et va naître une âme impatiente de s'amuser tandis que l'on pansera la mienne.

Et scribe de l'amour je reste.






Charles E. Nevols -
"Variation on the good bye"




No comments:

Post a Comment